Le showdown se joue à l’oreille ; l’usage des yeux est interdit.
Pour la plupart des débutants, c’est un des aspects les plus déroutants, car il doit apprendre à se taire pour écouter la balle rouler sur la table et se placer en conséquence. La concentration auditive, la coordination de ses membres sans la tutelle visuelle et le repère de soi dans l’espace noir sont donc des facteurs fondamentaux pour la pratique et le perfectionnement du showdown.
La vitesse de la balle peut atteindre 80 km/h. Pour contrer cela il faut des réflexes très rapides pour pouvoir non seulement intercepter la balle consciemment pendant le jeu, mais aussi être capable de la relancer en utilisant la force de frappe de l’adversaire sans avoir à la contrôler sur la table. En raison du grand bruit que fait la balle en roulant et de l’impact sonore causé par la balle sur les bandes de la table ou sur la raquette, la concentration auditive est l’un des facteurs primordiaux du showdown. Certains tournois jouent les matchs en manches à temps limité pour ne pas fatiguer inutilement la concentration des joueurs. Cependant, une sensation de frustration peut s’installer lorsque, pris par le jeu, l’arbitre siffle la fin de la manche en plein milieu de l’action. Une partie classique en trois manches gagnantes a été fixée officiellement à quinze (15) minutes par manche.
Pour pouvoir faire face à de telles vitesses et améliorer son temps de réaction, le joueur doit gagner en endurance. Cette endurance, il ne peut l’acquérir que par l’entraînement régulier et intensif (cf. chapitre 7), il doit travailler l’anticipation des coups de l’adversaire, écouter l’arrivée de la trajectoire de la balle, mieux encore, écouter l’autre jouer. De son emplacement, il doit savoir si le joueur en face est gaucher ou droitier (le point faible chez un joueur de showdown est toujours le coup droit, plus puissant, certes, mais plus lent, comme au ping-pong), s’il est entrain de préparer son coup à sa gauche ou à sa droite, pour lancer la balle en tir direct ou en diagonale : il faut anticiper le jeu de l’adversaire. Pour cela, il faut prendre son temps pour étudier le positionnement de la balle au-delà de l’écran central et ne pas lâcher son réflexe intuitif en raclant avec la raquette sur la table (ce qui est interdit, car cela perturbe le joueur d’en face et de surcroît abîme la table) pour essayer de l’intercepter alors qu’au fond de nous-mêmes, nous savons pertinemment qu’elle n’est pas là où nous voudrions qu’elle fût. Mais nos réflexes sont plus rapides que nous et nous anticipent. L’apprentissage doit fonctionner dans le sens inverse, il faut apprendre à devancer ses réflexes pour pouvoir les utiliser consciemment. Si le joueur en face prend son temps pour contrôler sa balle, pour préparer un coup puissant ou pour cadrer son prochain coup avec plus de précision, restez concentré, détendez-vous, relâchez ne serait-ce qu’un instant votre corps pour « recharger les batteries » et écoutez-le jouer: ne restez pas là à appréhender ce qu’il va faire dans les prochaines deux secondes (rappel : plus de deux secondes d’attente en bloquant la balle sans émission sonore = anti-jeu et sanction de l’arbitre) en vous tendant le poignet. Patientez et protégez votre zone de but, vérifiez que vous êtes bien placé en face du but. Si une balle saute ou rebondit dangereusement, laissez-la se calmer et se reposer avant de la relancer. Sans cela, vous risquez de la sortir vous-même définitivement et vous perdrez un point inutilement (sauf si vous êtes capable d’appliquer le point 8.11 !). Si une balle va pour sauter hors de la table et que vous ne l’avez pas touchée en dernier, laissez-la filer : vous gagnerez un point sans rien faire !
Prenez le temps de varier votre rythme de jeu ; quand vous bloquez un coup, prenez le temps de contrôler votre raquette et pensez à savoir où vous allez la renvoyer, non seulement pour vous et votre relancée, mais surtout tâchez de la relancer à un endroit qui surprendra l’adversaire. Les contre-pieds sont très importants, et exécutés de manière systématique, la surprise répétée déconcentre l’adversaire et le point sera le vôtre, si vous avez assez d’endurance pour tenir la longueur de l’échange. Répétez un certain nombre de fois un coup et changez de façon inopinée. Si vous y parvenez, faites de temps en temps une balle volante qui déroute l’adversaire par le fait qu’il n’entend pas arriver la balle (cf. chapitre 7). Calculez les angles des ricochets et agissez en fonction du fait si votre adversaire est gaucher ou droitier. Un gaucher aura son point faible sur votre droite, un droitier aura son point faible sur votre gauche. Par contre, un ambidextre vous donnera beaucoup plus de difficulté pour percer sa faille dans la défense. Rassurez-vous, il en existe peu !
Si vous avez décidé de relancer la balle sans la bloquer, relancez vite, mais tachez toujours de la prendre en milieu de raquette, jamais sur le bord : la force de frappe sera allégée par la mauvaise répartition du poids sur la raquette et vous perdrez en efficacité et en direction dans la trajectoire. Ne relancez jamais une balle « pour la relancer vite » sans savoir ce que vous faites (sauf pour un entraînement spécifique prévu à cet effet – cf. chapitre 7).
La main qui joue doit toujours rester collée à la table, pour éviter de laisser filer la balle dessous.
Tout signe d’impatience manifesté de manière sonore est considéré comme de l’anti-jeu. Nous avons l’avantage dans le monde du showdown d’avoir des éléments hautement qualifiés ; mais ce monde reste (heureusement pour l’instant !) avec une ambiance très « bon enfant » où c’est d’abord le plaisir de s’affronter qui compte. Même si pendant, les matchs sont sans pitié, dès que l’on sort du cadre du jeu proprement dit, l’ambiance se détend immédiatement. Je prie pour qu’avec le temps, cet ambiance idéale qui est en fait la quintessence du sport et qui est très vite oubliée avec l’esprit de compétition qui s’installe dans les hauts niveaux, demeure à long terme et renoue avec une tradition disparue parmi le monde des sportifs actuels de compétition. Restez calme, focalisé, à l’écoute. Ce sport vous apprend beaucoup sur vous et votre caractère, si vous gardez la volonté de vouloir progresser et de vous améliorer.
Comme dans tout sport, le facteur ‘chance’ joue un certain rôle. Mais le showdown n’est pas un jeu voué au hasard, comme on le pensait il y a quelques années en lançant la balle et en espérant qu’elle finira par entrer dans le trou. Tout peut y être paramétré, calculé, anticipé, même si le spectateur profane n’y verra aucune différence. C’est un sport complet, et plus encore, un sport qui offre des possibilités sociales et psychologiques hors du commun.
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