MANUEL PEDAGOGIQUE :

3. TENUE CORPORELLE

Le showdown est un sport de salle qui se joue sur une table ; certes, deux banalités a priori, mais pour la tenue du corps face à la table, elles jouent un rôle important. Le fait qu’en apparence, il n’y ait que le haut qui travaille n’a aucun rapport avec la réalité. Dans un sport, même si certaines parties corporelles sont plus sollicitées que d’autres, tout le corps est actif, et ce en permanence. La tenue du corps est un facteur essentiel de toute pratique sportive. Il faut bien entendu tenir compte des particularités anatomiques de chacun, mais globalement, deux jambes un tronc, deux bras et une tête qui sont toujours face à une table aux dimensions invariables, permettent quand même de trouver une position « standard » pour bien démarrer et éviter à la base les douleurs musculaires.
Pour le voyant, le handicap de la cécité obligatoire au showdown pose un problème psychologique  supplémentaire d’adaptation, car il n’a pas l’habitude de ne pas se servir de ses yeux.

  1. Au départ, il hésite à se bander les yeux ; il lui faut donc une certaine force de persuasion et de volonté pour affronter cet état inhabituel ;
  2. plongé dans le noir, pour lui un état artificiel, il n’a plus aucun point de repère visuel, essentiel à sa motion quotidienne et se sent perdu. Il lui faut du temps pour comprendre pour trouver ses repères autour de la table, tenir sa raquette et entendre la balle du bon côté ;
  3. il a l’impression de se sentir lourd et maladroit, car privé de son organe majeur ; « le rire, c’est le doute » a dit un philosophe français du milieu du 20ème siècle. En effet, un voyant qui regarde un autre voyant débutant bouger dans tous les sens devant la table et taper partout sauf sur la balle qui arrive très lentement, rit, incapable de se mettre à la place de son collègue ;
  4. enfin, il entend moins bien que l’aveugle, ce qui à son tour le rend handicapé, et cela lui fait peur, car il se sent en position d’infériorité par rapport à son environnement, ce qui pour lui est inhabituel.

Le voyant doit donc surmonter ces quatre points supplémentaires s’il veut jouer au showdown.

Peu importe le handicap, la condition essentielle pour tous est qu’il faut apprendre à écouter, à se mouvoir sans bruit et à apprécier les vertus du silence, trop peu entendu dans notre société (trop) bruyante. Le joueur n’a pas l’habitude d’écouter le silence et quand il apparaît, il se crée un malaise qu’il se sent obligé (inconsciemment) se compenser en parlant et commentant le jeu. Il doit prendre conscience que parler est interdit, se discipliner pour cela dès le départ et qu’il a un avantage primordial stratégique à se taire (cf. chapitre 2) : en effet, ce n’est qu’avec le silence absolu (intérieur et extérieur, plus difficile à atteindre) qu’il pourra anticiper le jeu de l’autre. L’énergie qui se dégage du silence est inépuisable car c’est elle qui génère toute la concentration.

Le joueur doit avoir l’impression de se mouvoir librement dans l’espace. Temps de réaction, puissance de tir, endurance et souplesse sont des aspects qui seront améliorés si la  position du corps face à la table est correcte.

Qu’est-ce qu’une position correcte ?

Dans le sport, tout doit fonctionner, et étrangement, ce sont les points du corps les plus éloignés des extrémités (bras et pieds) qui sont à l’origine de la préparation du geste. Ici, nous venons de dire que le haut travaillait (apparemment) essentiellement. Or, comme au ping-pong, au squash et aux autres sport de balle, ce sont les jambes qui doivent faire le plus d’effort (cf. chapitre  7. 1). Tout est une question de souplesse surtout dans des disciplines sportives, dans lesquelles nous avons l’impression qu’elles sont statiques et qu’en réalité, il y a peu d’effort à fournir.

Les jambes : les appuis

Avec les genoux toujours fléchis, elles doivent donner la sensation de rebondir comme un ressort. A aucun moment, le joueur doit tendre son genou, sauf peut-être pour dégager une éventuelle crampe musculaire en sentant une fatigue par manque d’entraînement. Il peut à ce moment se détendre ou changer d’appui entre deux services, jamais pendant le jeu, il sera déconcentré par son geste et aura du mal à contrer des effets de surprise de l’adversaire.
Comme dans tout sport asymétrique (donc pratiquement tous les sports sauf la natation, l’aviron et l’athlétisme où les deux bras sont sollicités – anneaux, barres transversales etc.), un côté travaille plus que l’autre et une mauvaise position des jambes entraîne une torsion de la colonne vertébrale qui peut dans les pires des cas aboutir à une scoliose. Il faut donc calibrer ses points d’appui autour de l’axe central à la hauteur des hanches.
Au showdown, certains chanceux peuvent alterner les mains en jouant, ce qui leur permet d’utiliser tout le haut du corps de manière symétrique. Cependant, ce n’est qu’une petite partie de la moyenne des joueurs et le reste se trouve dans la même situation qu’un joueur de tennis. Les jambes sont écartées au-delà du niveau des épaules–, les genoux fléchis, et en général
pour les droitiers : pied gauche en avant ;
pour les gauchers : pied droit en avant.
Les pieds vont vers l’extérieur. Il m’est arrivé de rencontrer des débutants avec les genoux fléchis et les pieds qui rentraient vers l’intérieur. Ce geste annule l’effort que font les genoux pour assouplir l’abdomen. Pensez à vous sentir solide sur vos appuis.
Il est possible de changer de point d’appui de jambe, selon l’emplacement que l’on a par rapport à la balle : nous pouvons nuancer notre propos (cf. plus haut) en indiquant :
pour les droitiers : pied gauche en avant (pied droit en arrière) pour le coup droit; pied droit en avant pour le coup droit (pied gauche en arrière) pour le revers ;
pour les gauchers : pied droit en avant pour le coup droit (pied gauche en arrière),  pied gauche en avant (pied droit en arrière) pour le revers.

Il est important de souligner la nécessité du jeu de jambes. Le tennisman prend son élan par les pieds pour faire son coup. Il doit en être de même pour le showdown, même si nous sommes corporellement limités par la hauteur de la table.
Une fois que les principaux coups (coups droits – au pluriel ! – et revers) sont à peu près maîtrisés, il faut prendre conscience du danger de la passivité du corps. Le bas du corps n’a pas de rôle apparent, donc il tend à « s’endormir ». Il faut penser au jeu de jambes pour rester mobile face à la balle, ne pas hésiter – une fois que la position de départ est acquise, à explorer toute la longueur de l’appuie-bras jusqu’aux limites tolérées par le règlement (il faut rester derrière la table avec le corps) pour se placer en fonction d’un coup nécessitant une position du corps particulière ou demandant beaucoup d’élan pour lui donner de la puissance (coup droit en double croisé par exemple ; cf. chapitre 7.8).
Il faut éviter de sauter, de tirer sa jambe en arrière et de perdre le contact du sol d’au moins un pied à tout moment. Ce sont de petits déplacements minutieux qu’il faut tout aussi sagement calculer que les coups de raquette. Quand un déplacement s’impose, il suffit d’un léger mouvement de rotation du bassin, la jambe pivotera toute seule en suivant le mouvement.
Il ne faut pas être trop proche du but. Certains joueurs hommes se rappelleront de vilaines surprises en lisant ce passage ! De plus, une cuisse qui rentre dans une poche de but (pour les cages en métal, le problème ne se pose pas), fausse la forme initiale du but. Ce geste peut être sanctionné par l’arbitre, s’il considère qu’il y a obstruction. 
Comme on peut changer de main pendant le jeu au showdown, il faut en revanche être sûr de changer entièrement de position corporelle et basculer tous les paramètres de l’autres côté du miroir. 

Maîtriser ses jambes au showdown, c’est maîtriser son espace.

Le bassin

Le bassin est le pivot de l’abdomen. Le showdown est un sport unilatéral, par conséquent il ne fera travailler qu’une seule moitié du corps, même si on change de main pendant le jeu.
C’est pourquoi il est important de détendre le bassin dans la séance d’échauffements (cf. chapitre 7.1) : il fonctionne comme une vis, que l’on peut tourner à double sens. C’est une partie du corps à ne pas négliger, car on est tellement occupé avec ses extrémités que l’on oublie facilement le lien entre toutes ces extrémités.  Il doit suivre le mouvement que l’on impose aux jambes par rapport au jeu et sert de tampon pour adoucir les mouvements qui partent du bas. Attention à ne jamais bloquer le bassin quand le coup part ; il faut au contraire respirer et éviter de faire de l’apnée en se raidissant.

Le dos

Un dos trop droit donnera un jeu passif. Un dos trop courbé vers l’avant créera rapidement – surtout chez les joueurs corpulents – des douleurs et des courbatures. Dans tous les sports de balle – et même dans les autres disciplines – le dos est légèrement voûté, le corps rentré vers l’intérieur. La raison anatomique est simple : les muscles du corps humain se replient à l’état de repos. Essayez une petite expérience avec votre main : relâchez-la complètement, vous remarquerez qu’elle se replie et que les doigts rentrent vers le milieu de la paume. Il en est de même pour le reste du corps. Donc un dos voûté, ni trop droit, ni trop penché vers l’avant, permet de suivre le jeu de jambes et fait rebondir tout le corps pour aller chercher la balle et lui donner de la vitesse en la frappant : le corps fonctionne un peu comme une réaction en chaîne : sol, pieds, genoux, jambes, bassin, dos, puis ensuite épaules et enfin bras. Mais les bras sont déjà à la fin de la préparation du geste pour le joueur professionnel. Chez le débutant, ils sont une finalité. J’utilise parfois l’image du dauphin qui se propulse hors de l’eau ; il prend son élan dans l’eau, accélère, puis monte avec l’énergie de son corps et c’est cette énergie qui le fera monter plus ou moins haut avec plus ou moins de facilité. Une fois sorti de l’eau, il continue à monter, mais il ne fait plus d’effort, parce que tout est fait en amont. Au showdown, une fois que le geste est correctement préparé et calculé et que le geste part, il part naturellement ; ce n’est plus la peine de se fatiguer pour redonner de l’élan en fin de parcours, car justement cet élan se transformera en force, et non en puissance. 
Il est possible de se reposer avec l’avant-bras sur l’appuie-bras, tant qu’aucun doigt ou même ongle ne dépasse de la planche de contact (sans cela, c’est considéré comme faute de défense et il y a sanction de l’arbitre). Cependant, je recommande d’appuyer la main qui ne joue pas sous la table, de manière à ne pas être tenté d’aller chercher la balle sur la table par réflexe avec la main qui ne joue pas. D’une manière générale, je recommande de ne pas se tenir du tout à la table, car à un moment donné, pris par l’action du jeu, le joueur s’appuie tellement sur son avant-bras qu’il fait bouger la table, peu importe son matériau de construction et sa stabilité. Si le bassin répartit équitablement les poids du haut et du bas du corps – et s’il est correctement musclé ! cf. chapitre 7.1 « échauffement »), il n’y a aucune raison pour que l’on sente une fatigue quelconque. A ce moment-là, le corps soutien l’excédent du poids, que le bassin ne parvient pas à répartir, en s’appuyant avec la main qui joue sur la table et on peut même se courber plus que conseillé dans un premier temps pour un certain type de balles ou une préparation très anticipée pour accentuer son élan de frappe (pour développer, cf. « les bras »).

Le dos recourbé peut être soutenu par le fait de s’appuyer sur le bord de la table. Si le dos est trop voûté, il est possible de se redresser pendant un moment creux du jeu pour détendre les vertèbres.
 Le bord de la table peut d’ailleurs aussi être utilisé comme prise et comme point d’orientation. En revanche, il faut faire attention de ne pas laisser dépasser la main ou même un doigt dans la surface de jeu. Cela entraîne une sanction immédiate.
On peut choisir soi-même sa propre tenue de détente en utilisant le bord de la table comme point d’orientation. On ne doit pas s’appuyer de tout son poids dessus, mais on peut poser sa main pour une question d’équilibre. Pour cette position, il est nécessaire d’avoir un bon jeu de jambes. La liberté de déplacement en jouant peut être un avantage pour les joueurs de petite taille. Le corps peut se déplacer derrière la table en rapport avec la trajectoire de la balle pour mieux accompagner les coups.

Les épaules

Elles accompagnent le geste des jambes mais c’est le premier membre à rajouter la précision de jeu à la puissance énergétique et le deuxième ressort dans la chaîne des conducteurs d’énergie.
Des épaules partira la netteté du coup ; si elles sont tendues, une fine oreille pourra entendre la balle « claquer » contre la paroi opposée ; un tel claquement est synonyme de raideur et aura pour conséquence une fatigue musculaire.

Les bras

Le bras qui ne joue pas sert de balancier pour répartir les charges de poids pendant la motion du corps quand on prépare un coup, un peu comme la queue du singe, il sert de paratonnerre au corps pour équilibrer les excédents ; peu importe si on tient à ce moment-là une raquette en main en préparation à un éventuel changement. Il est possible, comme nous l’avons vu plus haut, de s’appuyer avec ce bras sur l’appui-bras afin d’alléger le poids du dos. MAIS :
s’appuyer sur la table avec la main qui joue présente deux énormes avantages : l’énergie qui vient des pieds et qui passe par le reste du corps est directement reliée à la raquette (cf. « le dos ») et cette main soutien, un peu comme une deuxième colonne plus petite que le dos, le poids qui part d’en haut (cf. « la main »).

Le poignet

Le poignet est le secret du showdown. c’est de sa souplesse, de sa rotation et de sa flexibilité que dépendront la qualité d’exécution de la majeure partie des coups. Mais attention à ne pas le « surdétendre » et à se débloquer un des 15 petits osselets qui le composent. Le poignet, comme les genoux ou les épaules, est le troisième et dernier ressort qui conduit le coup. Sachez le manier avec prudence, car c’est un instrument fragile, mais extrêmement malléable. Aussi est-il vivement conseillé de ne jamais commencer à jouer sans s’être échauffé le poignet (cf. chapitre 7.1)
Le poignet permet certes de calibrer l’angle de tir, mais trop détendu et mal dosé, il annulera toute la préparation du coup partant des pieds.

La main

La main qui ne joue pas pend librement soit le long du corps (si on a décidé de ne pas s’appuyer sur un partie de la table), soit elle repose sur l’appui-bras ou sous la table pour gagner en stabilité corporelle. Elle peut tenir une raquette de rechange ou rester inoccupé. Je déconseille de la caler dans le dos ou de la mettre dans la poche, car dans le premier cas, elle contribue à une tension de tout le bras par une action non-naturelle et forcée, et dans le deuxième cas, il ne faut pas oublier que, même si elle est inactive, cela ne veut pas dire qu’elle est sans fonction. Elle lâche l’énergie excédentaire que son bras (la queue du singe comme décrite plus haut) dévie.
La main principale tient la raquette comme si elle tenait un miroir à main, un éventail, un microphone ou encore une tapette à mouches. Le pouce se trouve à plat sur le manche, les autres doigts renferment la raquette de l’autres côté. Je recommande de ne pas tenir la raquette trop près de la racine du manche, contrairement au ping-pong, pour deux raisons :

  1. il faut pouvoir dégager le poignet pour défendre de part et d’autre de la zone de but (cf. chapitre 5);
  2. tenir la raquette en bout de manche favorise la puissance du pouce pour pousser la raquette (surtout en revers) avec plus d’assurance, de poids et de stabilité.

La raquette doit être tenue de manière à ce qu’elle soit inclinée vers l’avant, quel que soit le coup et la position à prévoir. (voir schéma 1 chapitre 8). La même position est recommandée aussi bien pour le coup droit que pour le revers, à gauche comme à droite.
Je recommande de s’appuyer légèrement sur la main qui joue pour soutenir le poids du dos (comme vu plus haut dans « les bras »)
De plus, le coup bien préparé par tout le corps sera exécuté avec d’autant plus de puissance et d’autant plus de facilité. Je me souviens de certaines personnes qui étaient stupéfaites de leur force alors qu’elles avaient parallèlement l’impression de n’avoir donné que la moitié du potentiel. Il faut alors veiller à ce que la raquette soit suspendue en l’air et ne frotte pas sur la table.